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INTERVIEWS
(2002
- en français)
Comment
David Lynch crée-t-il? À quoi carbure-t-il?
Pour la première fois, il s´étend
ici longuement sur l´une des clés de son
processus: La méditation. L´homme n´est
pourtant pas bavard, se refuse à l´analyse,
évite l´anecdote tout comme la théorie,
noie souvent le poisson - mais raffole des métaphores:
ainsi, la création est pour lui un donut, un trou
au milieu. Bienvenu dans le Lynchland.
Entretien Christian Fevret, Photo: Philipe Garcia
Vous vous exprimez dans le cinéma, la peinture,
le dessin, Internet, la musique ... Y-a-t-il des domaines
que vous n´explorerez jamais?
David Lynch - Jamais je
ne chanterai! Ce qu´il y a de génial avec
le cinéma, c´est qu´il m´a permis
de tout approcher - jusqu´aux décors et aux
meubles. La plupart des mes meubles se sont dessinés
au fur et à mésure que je les construisais:
au début d´un projet, quel qu´il soit,
je ne fais pas de plan, mais il y a toujours ce phénomène
d´action et de réaction, comme avec la peinture.
L´idée qui vous permet de démarrer
est importante, mais elle correspond très rarement
au résultat final. Ce processus d´action/réaction
vous entraine plus loin que l´idée initiale.
C´est ca qui est magnifique. L´objet devient
ce qu´il veut devenir. Le cinéma m´a
permis d´emprunter bien des chemins, comme la photographie.
A chaque fois que l´on entreprend quelque chose,
un tout autre monde s´ouvre à vous. Vous
suivez le chemin, vous regardez les photos et cela vous
donne des idées - utiliser une autre pellicule
ou un autre papier, par exemple. Il y a tellement de chemins:
c´est vraiment dommage que les jours ne soient pas
plus longs.
Et maintenant, avec l´informatique, il se passe
encore davantage de choses. C´est stupéfiant.
Comme un reve. Photoshop est incroyable, c´est un
prolongement de la photographie et du cinéma: vous
pouvez donner du mouvement à une photo Flash est
formidable également. C`est comme si l´on
était doté un controle totale: quel monde
merveilleux!
Est-ce toujours un processus facile pour vous, ou bien
cela nécessite-t-il du travail?
Non! Je n´y travaille pas. C´est très
facil. Le tout est d´avoir l´idée initiale.
Il y a tellement de puissance, de joie et d´inspiration
dans tout ca. C´est comme un cadeau. Vous vous enflammez
et cette idée vous conduit, avec un peu de chance,
à sa réalisation. La plupart du temps, je
fais quelque chose. Ne rien faire pendant plusieurs jours
ne serait pas drole.
Que feriez-vous si vous étiez en vacances?
Quel ennui! He chercherais des idées. Les endroits
où les gents vont en vacances sont ceux qui m´ennuient
le plus. Je ne sais meme pas si j´aurais une idée
en allant là-bas. Et c´est là où
les gens n´ont aucune envie d´aller que je
m´amuserais le plus!
Comment consiliez-vous l´activité permanente
et le temps pour l´observation?
J´ai tendance à vouloir rester chez moi,
mais la vie nous force à sortir de temps en temps.
Et c´est une bonne chose! Si je ne veux pas aller
dans certains endroits, ca peut servir à nourrir
autre chose plus tard. Souvent, rien ne se passe, mais
parfois une idée nait.
Certains artistes peuvent rester des jours ou des mois
sans inspiration.
Beaucoup de choses peuvent en effet ralentir ce processus.
Pour ma part, je m´intéresse à tant
de choses que si je ne suis pas inspiré, une autre
idée m´interpelle. Parfois, je vais à
l´atelier pour travailler sur un meuble. Travailler
le bois est tellement agréable que l´esprit
s´évade - vous voyez quelque chose et vous
fait réagir. Vous pouvez avoir une idée
de film à n´importe quel moment. Je pense
que les idées viennent lorsqu´on est heureux,
pas quand se ne va pas. Dans ces moments-là, l´usine
se ferme.
Vous avez besoin d´etre heureux pour créer?
Vous n´avez pas à etre excessivement
heureux! On dit souvent qu´un artiste doit souffrir,
on cite Van Gogh en exemple. Moi, je pense que peindre
le rendait plus heureux et que ses idées s´épanouissaient
dans son travail. Sa vie a peut-etre été
misérable, mais son bonheur était dans son
travail, quand il peignait. J´aime à penser
qu´il y avait une sorte d´euphorie autour
de lui et que les idées lui venaient en peignant.
Vu la somme de travail que vous abattez, vous devez etre
l´un des homme les plus heureux au monde!
Je le suis!
Quand on regard vos films, on pourrait penser que vous
avez vécu beaucoup de choses, rencontré
beaucoup de gens.
Les hommes ont énormement de choses en eux.
Cette qualité humaine et l´interaction entre
les etre humains fait que nous savons beaucoup plus que
ce que nous croyons savoir. Les expériences sont
importantes, mais nous avons une réserve d´expériences
en nous.
Le seul problème était l´inhibition?
Les expériences ne sont vraiment pas enfermées
à l´intérieur, mais elles sont parfois
couvertes par autre chose. Je médite depuis vingt-neuf
ans [soit depuis 1973, pendant le tournage d´Eraserhead].
Comment avez-vous commencé?
A un moment de ma vie, comme ca arrive à tout
le monde, je me suis demandé ce qui se passait;
j´ai commencé à me poser des questions.
Quelque chose de bizarre se passe alors: on devient un
"chercheur". Tout le monde n´est pas concerné:
certains s´interrogent de temps en temps, mais ces
questions ne les poussent pas à aller chercher
quelque chose. Moi, je cherchais lorsque j´ai entendu
parler de la méditations transcendantale. Ca a
été un déclic: c´est ce que
je voulais faire. Je n´ai jamais manqué une
méditation en vingt-neuf ans. Je médite
une fois le matin, une fois le soir. Une demi-heure le
matin, une demi-heure le soir au début. Maintenant,
je médite trois heures par jour! Je devrais peut-etre
méditer plus longtemps... Ca débloque beacoup
de choses et ca permet d´évacuer le stress.
Je ne sais pas qui je serais si je ne méditais
pas. Je ne suis pas tellement différent de la personne
que j´etais en commencant, mais je ne sais pas ce
qui se serait passé pendant toutes ces années.
On atteint une sorte de bonheur, peut-etre que le container
s´agrandit, qu´on peut attraper des idées
qu´on ne pouvait pas saisir avant. C´est comme
la peche à la ligne. Si votre ligne est courte,
vous attraperez les petits poissons à la surface.
Avec une longue ligne, vous pouvez descendre jusq´au
fond, vous avez accès à des poissons plus
rares. On a tous le potentiel pour accéder à
tout. Il faut just faire un peu de ménage et agrandir
le container. On a tellement de choses qui sommeillent,
tellement de potentiel.
Avez-vous suivi des cours de méditation?
Oui, il faut en suivre jusqu´à ce qu´on
sente qu´on médite correctement. On doit
etre mis sur le chemin, comme ils disent. Ensuite, vous
cheminez seul. Vous pouvez revoir un professeur pour qu´il
vérifie si vous méditez correctement mais
sinon, vous vous débrouillez tout seul, vous avancez.
C´est comme pour les racines d´un arbre: une
fois qu´elles sont dans l´eau qui les nourrit,
tout est automatique, l´arbre se développe
de lui-meme, les branches grossissent, les feuilles sont
bien vertes et les fruits sont délicieux. Il suffit
de plonger les racines là-dedans.
Pour vous, la méditation a toujours été
déconnectée de la religion?
Ca n´a rien à voir avec la religion.
On peut méditer quelle que soit la religion. On
apprécie davantage notre vie et ce qu´on
est. On n´est pas si différents les uns des
autres: quelles que soient la religion, les habitudes,
la philosophie, on est différents à la surface
mais au fond, on vient de la meme flamme.
Vous n´avez pas eu besoin de vous tourner vers la
religion?
Ma famille est presbyterienne. Je suis allé
à l´église quand j´étais
petit, puis j´ai arreté. La méditation,
elle, a une dimension cosmique. C´est un vaste sujet...
On voit la surface des choses, mais on sait qu´il
y a beaucoup de niveaux, meme si on ne les voit pas. Il
y a davantage d´espace en nous que de matière.
La surface est trompeuse. Les scientifiques approfondissent
les couches jusqu´au niveau de l´atome. Ils
parlent alors de champs unifié, qui est la base
de tout. Ce n´est plus sécable, c´est
unifié. C´est l´unité elle-meme.
Certains disent que ce champ unifié a toujours
été là et que c´est ce dont
dépend l´univers et tout ce qu´il contient.
On peut le voir mais, en meme temps, on ne peut pas le
voir. C´est un lieu de pure connaissance, de pure
conscience sublime, de pure intelligence créatrice.
Tout est là, c´est à la base de tout.
Si vous arrivez à plonger dans ce champ, vous nettoyez
votre système nerveux, l´instrument de votre
conscience et vous aspirez un peu plus chaque jour, jusqu´à
en etre rempli. Et une fois que vous etes plein de cela,
vous vous y identifiez à 100 %. Vous prenez conscience
que vous etes cela. Votre conscience s´étend
à l´infini. Tous les secrets se révèlent
alors. Vous avez des clés. Et vous ressentez un
état de félicité que vous ne pouvez
meme pas imaginer. C´est magnifique. Le corps humain
est le seul capable de vivre cette expérience.
Le corps humain est un truc incroyable, cosmique. Comme
l´univers en miniature. Il a un potentiel incroyable.
Nombreux sont ceux qui essaient d´atteindre cet
état.
A ce jeu, est-ce que vous vous améliorez au fur
et à mesure?
Prenez l´image d´un tissu blanc que vous
trempez dans de la teinture jaune. L´acte de tremper,
c´est la méditaion. Et celui de le suspendre
sur la corde à linge, au soleil, c´est l´activité.
Vous le trempez plusieurs fois à la fin, le tissue
est complètement jaune. C´est fixé.
Ca ne partira plus. Le procédé est le meme,
mais le résultat, c´est une intensification
constante. Ca fait partie de ma vie. On pourrait penser
que ce n´est pas pour tout le monde, mais pourtant...
Un jour, il ya un déclice et on se dit: je veux
essayer ca. Mais avant se déclic, vous n´avez
absolument aucun intéret pour cette activité.
C´est bizarre.
La méditation vous a-t-elle toujours suffi? Vous
n´avez jamais eu recous aux drogues?
Les drogues provoques une tempete dans le système
nerveux, procurent une expérience, mais il y a
un prix à payer. C´est comme on dépasse
le nombre de beats par minute sur une machine: la machine
en prend un coup, elle peut disjoncter. C´est une
expérience avec contrecoup. Comme la plupart des
médicaments, les drogues ont des effets secondaires.
Ce qui caractérise la méditation, c´est
que, s´il y a des effets secondaires, ils sont bénéfiques.
Toutes les branches, toutes les feuilles en bénéficient.
Quand j´étais à l´école
d´art, dans les années 60, je fumais de l´herbe
mais très peu: ca me rendait complètement
parano. Je n´aimais pas tellement. En ce qui concerne
le LSD et tout ce qui était disponible, mes amis
qui en prenaient m´ont dit de ne pas y toucher.
Je me suis toujours demandé pourquoi ils me conseillaient,
à moi, de ne pas essayer. Je les remercie d´avoir
pensé à moi et au final, je n´en ai
jamais pris.
Meme par curiosité, vous qui etes intéressé
par ce qui se passe dans le cerveau et par les expériences?
Je voulais essayer, mais je ne l´ai jamais fait.
Mes amis ne travaillaient pas mais moi, j´avais
des idées, et les choses évoluaient. Je
ne voulais pas mettre en péril ce processus. C´est
vrai que les Beatles pratiquaient la méditation
transcendantale et prenaient des drogues en meme temps.
Toutes les idées sont là, juste à
coté: les drogues peuvent vous aider à les
saisir, mais ellee les déforment et en étouffent
d´autres. Le risque et de tomber dans un état
où vous n´arrivez plus à concrétisez
ces idées. Avec la méditation, on agrandit
le container et on peut attraper ces memes idées.
Les drogues, comme la méditation, ne produisen
pas quelque chose qui n´existe pas. Tout est là.
Vous dites que vous devez etre heureux pour travailler,
pour etre réceptif à ces idées. Avez-vous
l´impression que votre famille vous a protégé
des drames?
Pendant votre enfance, les choses se cachent, on joue
au détective. Je vivais deux vies en meme temps.
Peut-etre plus. Ce que j´aime, c´est etre
avec moi-meme, tranquillement assis dans un fauteuil.
Vos parents avaient-ils des ambitions pour vous?
Ils n´avaient pas de projets pour moi. Mes parents
m´ont très bien éduqué, ils
ont fait en sorte que je grandisse dans une forme de liberté,
avec quelques limites. Je ne sais pas vraiment comments
ils ont fait, mais j´ai ressenti la notion de liberté
quand j´étais petit. C´était
très bénéfique. Ma mère, par
exemple, ne me donnait jamais de livres à colorier,
mais de simples feuilles de papier. Je lui en suis très
reconnaissant.
Quelle était la relation qu´entretenaient
vos parents à l´art, au cinéma, au
littérature?
Ils allaient au musée, mais sans plus.
Est-ce que vous imaginiez, enfant ou adolescent, que deviendriez
artiste?
Je peignais quand j´étais petit, et j´aimais
ca, mais jamais je n´aurais imaginé qu´un
adulte puisse peindre. Jusqu´en 1961, quand j´ai
rencontré mon ami Toby Keeler, qui m´a dit
que son père [Bushnell Keeler] était peintre.
Ce fut un moment décisif dans ma vie: tout est
devenu clair. Je lui ai demandé de me montre l´atelier
de son père. A partir de ce moment-là, ma
décision etait prise. J´ai loué un
atelier. Nous habitions alors à Alexandrie, en
Virginie. Mon père payait la moitié, mais
il m´a dit de payer l´autre moitié.
J´ai alors travaillé et j´ai commencé
à peindre la nuit. J´avais 16 ans, j´allais
encore à l´école.
En quoi étiez-vous différent de l´enfant
américain moyen?
Mais je me considère comme quelqu´un
de normal! Tout le monde crée des choses. Je sais
qu´il y a des gens qui en font autant, voire plus
que moi, mais le destin ne leur a pas donné la
chance d´etre reconnus. Ils ne peuvent pas partager
leurs oeuvres, personne ne vient les voir. Mais ils créent.
J´en suis sur. Ils sont heureux et s´épanouissent
en faisant. Je tire moi-meme énormément
de satisfaction par le simple fait de faire des choses.
Le bonheur, c´est de faire meme si on n´est
pas connu.
Comment avez-vous fait pour ne pas etre étouffé
par le formatage de l´école?
Je pense que j´ai été étouffé.
Au lycée, mes peintures étaient très
mauvaises. Pas moches dans le bon sens du terme - j´aimes
les peintures laides -, mais mauvaises dans le sens où
je savais qu´elles n´étaient pas originales.
Je continuais néanmoins à peindre et, parfois,
un accident ou certains parties du tableau me donnaient
une idée et j´expérimentais. Et j´allais
vers quelque chose. Mais je voyais bien que j´étais
coincé quelque part, que ca ne se débloquait
pas, que je ne prograissais pas, que je piétinais.
Je commencais alors à détruire et autre
chose apparaissait. Il faut persévérer et
ne pas avoir peur de détruire pour passer à
l´étape suivante. Il faut beaucoup d´attention.
Il faut sans cesse y revenir, ne jamais lacher l´affaire
si on veut qu´elle se développe.
Pourquoi etes-vous à l´école d´art
à Philadelphie en 1965?
Je ne voulais pas aller à Philadelphie. Je
détestais la ville avant de la connaitre: c´était
l´un des derniers endroits où j´aurais
voulu me rendre. Mais c´est à cause de mon
ami Jack Fisk, je ne sais pas pourquoi il est allé
là-bas... Nous sommes d´abord allés
en Europe ensemble, pour étudier à Salzbourg
avec Oskar Kokoschka [peintre expressioniste autrichen,
proche de Gustav Klimt et d´Egon Schiele]. Je devais
y rester trois ans, on y est restés deux semaines!
Je ne le sentais pas. C´était une évidence
dès le premier jour, comme un sentiment diffus.
A Salzbourg, j´avais l´impression de retourner
dans le North-West américain: tout est tellement
propre, mignon, les arbres, les vallées... Aucunce
inspiration. Parfois, vous essayez quelque chose et la
réponse vient de tout de suite. Je pense que ce
que je recherchais, c´était plutot un endroit
comme Philadelphie: j´ai immédiatement ressenti
un mélange d´attraction et de répulsion
pour Philadelphie. Cette ville est l´une des plus
malsaines que je connaisse: corruption, angoisse, colère,
violence, haine, folie, crasse... Un endroit génial!
Je n´avais jamais vu ca avant... Enfin, je ne m´étais
jamais retrouvé là-dedans. Ma plus grande
source d´inspiration a été Philadelphie,
Pennsylvanie.
C´est la première fois que vous habitiez
dans une ville?
Oui, ils l´appellent "la vie de l´amour
fraternel": c´est complètement absurd!
C´est à Philadelphie que j´ai eu mes
premières idées originales. Je n´aurais
pas pu aller dans un meilleur endroit: j´étais
au milieu de ces choses réelles, je les ressentais
jour et nuit, sept jours sur sept. Ensuite, quand je suis
allé en Californie, la peur a commencé à
lacher prise. Mais il a fallu un an pour qu´elle
disparaisse complètement.
C´était un besoin, de quitter Philadelphie?
Je suis allé en Californie parce que j´ai
été accepté au Center for Advanced
Film Studies [le centre d´études supérieures
cinématographiques qu venait alors d´ouvrir
l´American Film Institute (AFI) de Los Angeles].
La lumière californienne a des effets thérapeutiques.
J´avais besoin de partir de Philadelphie. La pression
et les sentiments qu´inspirait la ville ont été
bénéfiques un certain temps, mauis ensuite,
il faut partir. J´y ai vécu de fin 1965 à
1970.
Pendant ce temps-là, il se passait beaucoup de
choses à New York, notamment avec le pop art, avec
Andy Warhol et le Velvet Underground: cela vous intéressait-il?
Pas vraiment. J´évoluais dans le monde
de la peinture, pas de la musique. Andy Warhol faisait
de la peinture, mais mon peintre favori était Francis
Bacon. Je suis allé à New York voir l´une
de ses expos, magnifique. Je me sentais proche de Bacon
mais pas du pop art. Ce qui m´intéressait
à Philadelphie, c´était les phénomènes
organiques.
Quand avez-vous compris que le cinéma serait votre
principal moyen d´expression?
J´ai fait mon premier court métrage [Six
Men Getting Sick] à Philadelphie en 1967, le deuxième
[The Alphabet] en 1968, j´ai terminé le troisième
en 1970. Avec le troisième film, The Grandmother,
et le fait que j´aie été accepté
à l´AFI à Los Angeles, j´ai
senti que c´était au moins égal à
la peinture. Peut-etre que ca commencait à etre
un peu plus important. Mais je ne savais ce qui se passerait.
J´avais des idées de films et une grande
envie de les concrétiser.
Vous souvenez-vous du moment exact où vous avez
eu l´idée d´Eraserhead?
Non. Je ne sais plus si la première idée
m´est devenu à Philadelphie ou en Californie.
Je ne me souviens plus avoir écrit le scénario.
Je ne me souviens plus comment le nom m´est venu.
Je travaillais sur une autre idée, Gardenback,
dont le personnage s´appelait Henry, mais il ne
ressemblait pas au Henry d´Eraserhead. Je pense
que j´ai abandonné Gardenbak pour me concentrer
sur Eraserhead, mais je ne sais plus quand j´en
ai écrit le scénario!
Des membres de votre famille apparaissent régulièrement
dans vos premiers films: Peggy Lynch, votre femme à
l´époque, Jennifer Lynch, votre fille...
Connaissant les sentiments ambigus que vous entretenez
avec la notion de famille dans vos films, n´y avait-il
pas une forme de perversité à mettre en
scène des membres de votre propre famille?
Non. En ce qui concerne Peggy, j´avais besoin d´une
actrice pour The Alphabet et elle se trouvait justement
là. Elle était ma femme, ou plutot ma petite
amie, à l´époque. Elle savait chanter,
elle avait envie de jouer ce role pout moi, c´est
tout. J´ai demandé à mon ami Bob Chadwick
de chanter. Jennifer a atterri sur la BO.
Je ne connaissais rien au cinéma et aucun de mes
amis ne s´y connaissait en matière de réalisation.
Pour réaliser mon premier film, j´ai loué
une 16 mm. J´ai d´abord appelé les
boutiques, car il y avaoit une énorme différence
de prix. Je pensais qu´il n´y avait qu´une
sorte de caméra 16 mm. Je suis allé dans
la boutique la moins chère, downtown, à
Philadelphie: Photorama. Le gars était commercant
mais il m´a vendu ou plutot loué deux lampes
photoflood, que l´on incline à 45 degrés...
Je ne savais strictement rien.
Vous avez appris des choses à l´école
de cinéma de Los Angeles? Ou bien avez-vous fait
en sorte de ne pas trop attendre?
Il faut faire attention. L´école est
très importante, les grands professeurs jouent
un role très important. Il est bon de savoir ce
qui a déjà été fait mais en
meme temps, il faut savoir quand partir. C´est délicat.
J´ai eu sans doute le meilleur professeur de cinéma
du monde, Frank Daniel, de Tchécoslovaquie. Il
enseignait principalement en nous faisant analyser des
films. On allait voir un film en groupe, à neuf
par exemple, et il nous disait: "Toi, tu prends le
montage, toi, tu prends la musique", etc. En revenant,
on devait parler du montage, de la musique, ca nous obligeait
à voir les choses sous un seul angle, et il résumait
le tout. Ses analyses étaient tellement belles,
comme des poèmes, qu´elles m´ont énormément
inspirém, et ouvert les yeux. Frank Daniel est
la personne qui m´a le plus aidé en matière
de réalisation.
Comment avez-vous fait pour suivre des cours de cinéma,
faire des films, peindre, et en meme temps construire
une famille, avoir des enfants?
C´est pas difficile d´avoir des enfants!
Je dis toujours que 99 est une question de bon sens. Avec
les ordinateurs, il y a beaucoup à apprendre, mais
manier une caméra fixe n´est pas si difficulte
que ca. Ce n´est pas compliqué de commencer
et ensuite, c´est l´idée qui nous guide.
Dès qu´un problème apparait, il faut
le régler en faisant appel au bon sens.
Est-ce que vous avez du etre particulièrement
organisé et riggoureux pour mener toutes ces choses
de front? Quand vous en parlez, tout semble simple.
Eraserhead a duré cinq ans. Ce qu´il
faut, c´est se concentrer. Votre attention donne
vie aux choses. Si vous concentrez votre attention sur
la réalisation d´un film, toute votre énergie
se retrouve dans ce projet et vous pouvez foncer. Si vous
n´avez pas d´idée, vous devez vous
concentrer sur votre désir d´en avoir. Toute
votre attention est tournée vers l´intérieur,
mais vous devenez continuer a sortir parce que les idées
peuvent venir de l´extérieur. Il est très
important de désirer avoir des idées: ca
les attire. C´est comme un appat. Elles commencent
à affluer. Quand vous pechez, il arrive que le
poisson soit près de l´hamecon mais vous
ne le savez pas. Il faut attendre. Si l´appat est
suffisamment puissant, les poissons finiront par mordre.
Eraserhead reste-t-il le film qui a été
le plus difficile à tourner pour vous?
C´était une merveilleuse expérience,
un peu frustrante parce que j´étais toujours
à court d´argent.
En quoi ce film aurait-t-il été différent
si sa réalisation n´avait pas duré
cinq ans?
Ca aurait été le meme film. La première
année, on a tourné sans interruption, assez
lentement, je ne sais pas pourquoi. Si le tournage avait
été plus rapide, avec plus d´argent,
certaines idées m´auraient échappé,
car je n´aurais pas approfondi les réflexions.
L´idée de la dame du radiateur, par exemple,
m´est venue pendant le tournage, au cours de cette
première année. Cette idée aurait-ele
surgi si on avait tourné dans des conditions normales?
Peut etre, pas sur.
Vous avez connu le succès relativement vite...
Je n´ai pas connu le succès très
tot. Les critiques d`Eraserhead étaient peu enthousiastes,
et c´est un euphémisme. Ce qui m´a
sauvé, ce sont les projections de minuit. Aux Etats-Unis,
il y avait un réseau de dix-sept villes dans lesquelles
Eraserhead a été projeté pendant
presque quatre ans. Ca a commencé à New
York, mais aussi à Los Angeles, au New York Theater,
où il est passé pendant quatre ans, à
Saint Louis, Seattle, San Francisco... Une seule séance
par semaine: le vendredi ou le samedi à minuit.
La séance de minuit est devenue un phénomène.
Le titre Eraserhead est resté à l´affiche,
inscrit en lettres lumineuses au-dessus des cinémas,
pendants des années. Les gens passaient devant
chaque jour: meme sans avoir vu le film, le titre est
entré dans leur tete. Petit à petit, Eraserhead
s´est immiscé dans l´incoscient collectif
grace aux séances de minuit.
Est-ce que vous voyez dans ce film des choses que vous
ne voyiez pas il y a cinq ans, dix ans?
Bien sur. J´ai une théorie. Quand on
a une idée, c´est comme avec un poisson.
Quand on attrape un poisson, on ne l´a pas créé.
On le prépare et on le mange. C´est la facon
dont on le prépare qui sera appréciée
par les personnes qui le mongeront. Et meme si vous mangez
seul, vous apprécierez la facon dont vous l´avez
préparé. Les idées sont complètes.
Si on les suit, on se rend compte quelles ont plus de
sens que ce qu´on pensait à l´époque.
Il faut veiller à etre fidèle aux idées.
Si on les respecte, leurs harmonies peuvent se révéler
par las suite. Ou se révéler à d´autres
personnes dès qu´elles les percoivent. Il
faut les respecter, leur etre fidèle car elles
contiennent davantage que ce qu´on pense.
Que voyez-vous maintenant que vous ne voyiez pas avant
dans Eraserhead?
Je ne tiens pas à en parler, parce que je me
serais obligé de donner mon interprétation
d´Eraserhead. Mais je peux vous dire que parfois,
certains événements de ma vie me font penser
à Eraserhead. Des choses de mon quotidien, qui
se passent en moi. Certaines se vérifient. A l´époque,
je ne savais pas que je ressentirais cela un jour.
Pendant que vous tourniez d´Eraserhead, la scène
punk explosait à New York.
Ca n´a rien à voire avec le punk. Le
punk ne m´intéressait pas, il ne m´a
absolument pas influencé. Pendant tout le tournage,
je dormais la journée at je travaillais sur Eraserhead
la nuit. On avait un tourne-disque et certaines personnes
qui nous rendaient visite ont parfois apporté une
radio - j´ai meme revu certains rushes sur lesquels
on entend de la musique. Mais l´idée, pour
Eraserhead, était de faire barrage à tout
ce qui nous entourait et de nous plonger dans ce monde-là.
Souvent, je me mettais au milieu du décor et j´essayais
d´imaginer les personnages. Ils n´étaient
pas là, bien sur, mais ils existaient car rien
d´autre ne contrariait leur existence. Je laissais
mon esprit vagabonder dans un autre monde.
C´est Philadelphie qui m´a inspiré
Eraserhead. Je n´avais besoin d´aucune autre
influence. Certains on dit que le personnage d´Henry
Spencer pourrait appartenir à la scène punk.
Mais ce n´était pas mon intention. Certaines
choses flottent dans l´air, comme une ambiance,
em adéquation avec l´air du temps. D´autres
ne correspondent pas à l´époque: il
faut les garder pour plus tard. Ainsi, après Eraserhead,
j´ai essayé de trouver des personnes intéressées
par Ronnie Rocket, mais personne ne voulait investir,
alors Elephant Man a été le film suivant.
Qui n´était pas du tout en phase avec ce
qui se passait alors, surtout aux Etats-Unis.
Avez-vous abandonné l´idée de tourner
Ronnie Rocket?
Non, je n´ai pas encore renoncé. Ce n´est
pas faute de moyens, j´ai eu plusieurs occasions
de le tourner, mais j´ai l´impression que
l´idée n´est pas aboutie, qu´elle
me résiste.
Vous pensez que pour attraper les idées, vous devez
rester en marge de la vie culturelle, à l´écart
des autres artistes?
Je ne sais pas pour les autres, mais c´est ainsi
que je fonctionne. Je dois me tenir à l´écart.
Avez-vous désiré tout ce qui vous etes arrivé?
Non, on ne peut pas dire ca. Dans ma vie professionelle,
oui. Dans ma vie autour de travail, les choses ont toujours
eu lieu d´une facon qui m´échappe.
Le destin est très puissant. Ce qui doit arriver
finit par arriver. Dans mon travail, j´ai toujours
fait des choix. Ce qui ne veut pas dire que je n´ai
pas de regrets. Dune est un regret, mais j´ai tellement
appris que, a posteriori, ce n´est pas un regret.
C´est pourtant un film très lynchien: on
y retrouve beaucoup de votre univers et de vos obsessions.
La lecon à en tirer, c´est que le réalisateur
doit avoir le final cut, la liberté créatrice.
Ce n´était pas le cas pour moi. Dès
le début, j´ai senti qu´il fallait
que je m´adapte à Dino De Laurentiis, le
producteur. Après coup, je me rends compte que
j´ai moi-meme, dès le début, ajusté
mes idées pour qu´elles ne soient pas censurées
par Dino. Je suis entre très tot dans un processus
de compromis. Je ne faisais pas le film que j´aurais
fait si j´avais été libre. Ce qui
est très regrettable. En plus, tout le monde commencait
à imposer cette durée maximale de deux heures
dix-septes minutes: si le film était plus long,
les cinémas perdaient une séance par jour.
Le film devait etre considérablement réduit.
Je ne me souviens pas très bien de ce qui a été
coupé...
Si vous n´aviez pas fait Dune, quelque chose manquerait
dans votre filmographie; le gros film hollywoodien.
J´aurais bien voulu essayer de faire un film
hollywoodien et réussir. Je considère ce
film comme un échec tragique - meme si certains
aiment le film, meme si j´en aime certains aspects.
Mais le fait est que j´ai appris beacoup de choses
avec cette expérience. Pourquoi faire un film quand
on ne peut pas le mener à bout comme on l´entend?
Ca se transforme en cauchemar, la situation devient absurde.
Vingt-cinq ans plus tard, étiez-vous aussi libre
pour Mulholland Drive que pour Eraserhead?
Oui. La liberté, c´est de pouvoir concrétiser
les idées qu´on a. Si quelqu´un ou
quelque chose vient les perturber - la force d´inertie,
le manque d´argent, l´impossibilité
de trouver l´endroit, une personne qui n´est
pas disponible, toutes ces choses qui interviennent toujours
à un moment ou à un autre -, il faut rester
concentré sur l´idée, lui rester fidèle
et résoudre le problème pour la mener à
terme. Si certaines personnes impliquées ont le
pouvoir de contrer votre volonté ou de l´altérer
- à moins que ce ne soit pour l´améliorer
, c´est mauvais pour le film. Il faut toujours laisser
de l´espace pour inclure de nouvelles ou de meilleures
interprétations de l´idée originale,
au cas où. Ca n´arrive pas souvent, mais
il fair etre ouvert à cette possibilité,
avancer en restant ouvert et saisir les choses qui se
présentent.
Personne n´a jamais exercé d´influence
négative sur mes films, sauf sur Dune. Pour Elephant
Man, il n´était pas stipulé sur mon
contrat que j´aurais final cut mais Mel Brooks,
qui coproduisait, aimait bien ma facon de voir les choses
et m´a défendu. Une fois Elephant Man terminé,
des responsables d´EMI en Angleterre et de la Paramount
à Los Angeles voulaient modifier le film. C´est
Mel lui-meme qui a mis fin à toutes ces velléités.
Vous avez commencé avec des films plutot marginaux
pour rapidement vous rapprocher d´Hollywood. Maintenant,
vous vous trouvez entre ces deux extrèmes. Est-ce
la place idéal pour vous?
Je veux etre là où mes idées
me disent d´etre, là où elles sont
le mieux. Vous pouvez tomber amoureux d´une idée
qui correspond à ce qu´attendent les studios.
Et vous pouvez tomber amoureux d´une idée
qui appelle un film indépendant, à petit
budget. Mais je serais incapable de retravailler avec
le système hollywoodien, parce que je n´y
aurais sans doute pas le choix du montage. Meme s´ils
promettent de vous laisser toute latitude, il faut bien
regarder au fond des yes des producteurs pour savoir s´ils
vont vraiment vous laisser toute liberté. Je n´ai
pas envie d´y retourner. En France, ils respectent
le réalisateur, le peintre, l´écrivain,
les belles choses personnelles. Ce n´est pas le
cas dans les studios: ce qu´ils veulent, c´est
gagner le plus d´argent possible.
Sans l´argent investi par les Francais, auriez-vous
pu tourner Mulholland Drive?
Sans ca, Mulholland Drive n´aurait pas pu etre
terminé. Enfin, pas aux Etats-Unis. A moins que
des indépendants... Je ne sais pas.
Vous est-il de plus en plus difficile de trouver de l´argent?
J´ai toujours eu la chance de pouvoir faire
le film suivant.
Qu´avez-vous en commun avec Adam, le personnage
de réalisateur dans Mulholland Drive, qui passe
sans cesse de la jet-set aux endroits louches?
Los Angeles est bati ainsi, comme la plupart des villes:
un jour vous etes à l´hotel Beverly Hills,
le lendemain vous vous retrouvez dans des endroits plus
glauques. C´est normal de passer de l´un à
l´autre. La plupart du temps, je reste chez moi.
Mais parfois, il faut effectivement sortir pour se confronter
à des expériences. Durant le premier tiers
de notre vie, les fenetres sont grandes ouvertes. Ensuite,
elles se ferment plus ou moins selon les gens. Vous faites
alors quelque chose de ce qui est rentré. Mais
il faut continuer à faire des expériences
car des idées peuvent en surgir. Mais je n´ai
rien en commun avec Adam, à proprement parler.
Vingt-cinq ans pour faire des expériences, vingt-cinq
ans pour travailler sur ces expériences?
C´est à peu près ca. Et pendant
le dernier tiers, vous réfléchissez.
Au quotidien, etes-vous attiré par ce qui est dramatique
ou cherchez-vous à fuir des problèmes?
Ca dépend... J´aime bien vivre dans un
monde d´idées basé sur ce que j´ai
vu ou ressenti dans ce qu´on appelle "le monde
réel".
Vous semblez etre à l´arbri des situations
extremes que vous faites intevenir dans vos films. Les
mettre en scène est-il une facon de vous en protéger
dans la réalité?
La seule question, c´est pourquoi je tombe amoureux
de certaines idées et pas d´autres. Certaines
idées me fascinent, d´autres me laissent
indifférent.
En France, en Italie avec Nanni Moretti, aux Etats-Unis
avec Michael Moore, de plus en plus de réalisateurs
prennent position politiquement. Vous-sentez vous concerné
par la situation politique, en tant que réalisateur?
C´est une question piège. Les choses
changent à la surface. Certains s´engagent
comme Michael Moore, qui a toujours fait ca, et d´autres
non: ce n´est pas qu´ils ne s´y intéressent
pas, mais l´important pour eux est d´écouter
et de suivre leurs idées. Je serais pret à
signer une pétition pour dire que je désapprouve
la politique de George Bush, mais je continuerai à
faire ce que je fais.
Vous dites que vous n´etes pas accro au succès...
Je ne dis pas ca. Le succès est une bonne chose
car il vous offre davantage d´opportunités
- mais il a aussi un coté négatif: quand
on échoue, on souffre énormément.
Une fois qu´on a repris espoir, on se sent libre:
alors, on ne peut que progresser. Le succès, c´est
très bien, mais quand on reprend le sens des réalités,
on a l´impression qu´on ne peut pas aller
plus haut, qu´on risque de descendre ou de stagner.
On ne peut pas s´empecher d´y penser. C´est
une pression qu´on n´a pas envie de subir.
Elle constitue un obstacle de bonheur. Mais en ce qui
concerne le soutien financier qui permettra de réaliser
le projet suivant, le succès est essentiel.
Maintenant, vous avez besoin du succès, ne serait-ce
que pour poursuivre votre oeuvre, pour construire votre
studio par exemple.
Le secret, c´est que si vous pouvez vous imaginer
vivre heureux dans une caravane, quoi qu´il arrive,
vous aurez des hauts et des bas, mais vous vous en sortirez.
Chaque situation est précaire. Si vous lisez un
magazine d´il y a dix ans, vous ne vous souvenez
meme pas des gens dont il parle. Il faut, comme on dit,
rester concentré sur le donut, pas sur le trou.
Le donut, c´est le travail. Le bonheur véritable
réside dans l´acte de faire, que ce soit
un succès ou un échec. Si vous n´avez
pas l´argent, vous pouvez trouver un autre moyen
de concrétiser l´idée que vous avez.
Il ne faut pas se laisser impressioner par le trou, il
faut se concentrer sur le donut et travailler.
Vous pourriez vivre dans une caravane demain?
Absolument. Plutot deux fois qu´une. Il se peut
que je le fasse, un jour!
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